adaptation d'un mail du 19/06/03
- une PETITE ANNONCE
Jeune homme, 25 ans récemment, s'envole le vendredi 04 juillet pour Saigon via Kuala Lumpur, pour rejoindre le lieu de sa mission bénévole pour une ONG de Hué. Pas de date de retour prévue ni envisagée.
- une POESIE A LA MANIERE DE VERLAINE (voir plus, mais surtout moins)
Une mélodie
Perce par ses vents
Le lointain pays
Des soleils levants.
Ce lointain pays
Presque comme avant
A mon coeur sourit
De soleils levants.
Et d'étranges rêves,
Comme des soleils
Levants sur mes lèvres,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
A de grands soleils
Levants sur mes lèvres.
- un REQUISITOIRE
A tout ceux qui parlent d'argent, de sexe ou d'information, je réponds que c'est le temps qui manque le plus à votre monde et à votre semaine. A tout ceux qui se voient vieillir en un battement de cils, je prétends que l'avenir n'a jamais été autant à votre portée qu'aujourd'hui. A ceux qui oublient qu'il faut un but pour chaque jour se lever et qui oublient de croire en l'humain, je réponds qu'ils feraient probablement mieux de sortir un peu le nez à la fenêtre et de regarder la Terre dans ce qu'elle a de plus essentielle, son principe de mouvement. Ceux-la, je ne les connais pas, je ne les connais plus, mais surtout je les accuse de tenter d'avoir ma dépouille .. et d'avoir échouer. Je les condamne à l'enferment dans lequel ils vivent.
- des ADIEUX DEFINITIFS
Sortons les violons, les mouchoirs et les mains des poches.. et si c'était une fin? Et si je comprenais que ma vie est la bas... et que je ne revenais pas... jamais. Et si je grandissais enfin... et si rien n'abolissait les distances.. et si cette lune que nous contempleront tous deux à 5000km de distance n'était plus la même. Et si cela s'arrétait net... La plus belle des fins, c'est celle d'une livre en 15 volumes qui nous a tenus en haleine si longtemps et dont l'auteur n'est plus et ne pourra jamais écrire la suite. Il faut s'en contenter et l'accepter, s'en souvenir, lui sourire, et essayer de ne pas souffrir du manque. Voila le risque que je prends, pour moi mais aussi pour toi. J'ai souvent dit "dire qu'on part c'est chercher une dernière raison de rester".. alors c'est ma façon, à moi, de te demander ton avis. ET si , et si...J'ai envie de refaire tourner la roue, je ne sais pas sur quoi elle peut tomber. Quoi qu'il en soit, que ce soit pour aujourd'hui ou pour toujours, je m'incline bien bas et je lance ma casquette aussi haut que possible pour te témoigner toute mon affection et ma reconnaissance, pour quelques attentions et quelques mots, peut être pas si futiles qu'ils en avaient l'air.
- une PUBLICITE
Hué, cité millénaire nichée près des contreforts des plateaux frontaliers du Laos, ancrée sur les côtes de la mer de Chine et aux confins des routes du Sud et du Nord est l'ancienne capitale impériale du Vietnam puis de l'Indochine. Berceau des dynasties Trinh et NGuyen, cette cité est demeurée le creuset de l'alchimie entre les cultures de la Chine mystérieuse, des influences pacifiques et a su garder le meilleur de la sensibilité française. Quatrième ville du Vietnam par sa population, Hué garde des apparences de petite bourgade de province grâce à des rues larges et dégagées, ses habitations individuelles d'allure coloniale, et son aménagement faisant la part belle aux espaces verts et aux étangs d'aquaculture. Construite autour de la citadelle, ancienne cité interdite des empereurs, mais aussi autour des plus belles pagodes bouddhistes, elle est le livre ouvert de toute l'histoire de la péninsule indochinoise. Curieux des hommes et de leurs coutumes, vous y trouverez sans cesse de nouvelles facettes des peuples du pays : les minorités ethniques et les communautés de métier (sampaniers du fleuve ou pêcheurs des lagunes) s'y côtoient en gardant des modes de vie aussi traditionnels que possible.
Les amateurs de paysages et de randonnée y trouveront également leur compte: on peut marcher à l'infini dans les collines à l'Ouest de la ville et découvrir, au hasard d'une courbe l'un des tombeaux et palais creusés ou construits par dizaines par chacun des empereurs du Vietnam qui rivalisaient de fastes pour leur dernière demeure. A l'Est, ce sont les interminables plages de sable blanc, qui s'ouvrent à perte de vue sur les rivages azur de la mer de Chine. Ca et la ponctuées par des villages de pécheurs, le départ de leur barque à la tombée du jour pour une pêche à la lampe reste l'un des spectacle les plus inoubliables qui soient.
- un ESSAI TROP LONG
En guise d'introduction je commencerai par une conclusion. Celle d'une vie. Cela peut paraître un peu dur comme propos mais j'en suis là, au terme. Et si je dis cela c'est que je m'apprête à réaliser l'un des fantasmes les plus obsédants de mon existence, celui du suicide. Par avance je tiens à m'excuser si cela te choque, t'offusque, ou te fais mal par rapport à tes idées ou ton histoire. Tu peux toujours passer à la suite.. Suicide disais-je.?. non! Fantasme. Celui de disparaître.
Dans un premier temps il s'agit d'une liberté absolue, un petit aperçu de l'infini. L'abandon de soit contre la promesse d'un bonheur éternel. Laissés loin derrières les soucis et les drames mais surtout les défauts qui grèvent mon être. Chaque chose retrouve sa véritable place, poussière d'étoile ou illusion. Un peu excessif comme vision? oui mais c'est bien de cela qu'il s'agit, du dernier des excès. Oublier à jamais les mesquineries d'une vie pour se consacrer à l'utopie de l'infini. Voir loin, enfin. Ou ne plus rien voir du tout, mais en tout cas s'affranchir des œillères de ma condition.
Car après tout, le suicide est le paradoxe ultime. Reconnu comme la plus grande expression du libre arbitre, cet acte réfléchi à pour conclusion l'inconnu total. Ne rien savoir de ce choix et de ses conséquences tout en étant habité par ce choix. Le mystère est inhérent au fantasme. Se confronter à l'interdit, à la marginalité. Prendre le risque de ne plus jamais être le même. Le suicide, c'est provoquer ce changement, sans espoir de salut.
Mais la plupart des suicidaires ne sont pas en quête d’absolu. Et je ne déroge pas à la règle. Ils sont seulement curieux… curieux du vide qui peut être sera leur dernière demeure. Cette place vacante où se mêleront, petit à petit, souvenirs et oublis. Quelle fabuleuse tentation que de connaître enfin, non pas les secrets des mysticismes, mais bien ceux de ces longues nuits de veilles pendant lesquelles on doute de chacun de ses proches. Même pas un appel au secours, juste un appel, pour voir qui répond, et au bout de combien de sonneries ? A cette heure la place de l’humanité dans l’univers et la cuisse de Jupiter sont bien loin de mes préoccupations. Tout ce que je veux savoir, c’est qui je suis pour chacun des individus que j’ai croisés et appréciés. Et si la seule manière de savoir qui je suis, c’est d’apprendre qui j’étais, alors peut être le jeu en vaut t’il la chandelle, même si je ne peux que le perdre. Ce qui me retient depuis toujours… l’incertitude, après avoir quitté ce monde, d’être suffisamment incarné pour en constater les évolutions… ou alors la trouille, ou encore un résidus de sens commun.
Mais c’est aussi la certitude de l’inutilité de cette connaissance face à l’égoïsme de la procédure qui me force à prendre des mesures dérivatives pour me débarrasser de cette obsession dans son accomplissement. Un départ, loin de tout et de tous ceux que je connais. Disparaître, abandonner le chemin et couper par le bois, sans trop savoir ou aller, pour découvrir quelque chose qui m’appelle depuis toujours, et peut être, savoir enfin ce que je laisse.
Mais on ne s’affranchit pas si facilement de l’interprétation d’Heisenberg et mon observation modifie mes résultats … mon suicide ne peut s’accompagner d’une lettre : il me faudrait prendre chacun au dépourvu, partir sans un bruit, mourir sans indices. Alors ce n’est semble t’il pas pour cette fois et je crois que j’aime trop noircir du papier pour un jour mettre cette sentence à exécution.
Tant pis, je ne suis pas encore le véritable vagabond de Kerouac, que je fabrique dans mon esprit malade au fil des jours… je ne suis pas solitaire.
Est-ce un mal ?
Ce blog aurait pu être un peu plus long d’une ligne.
Je repense à ces scènes de séparation qui peuplent ma mémoire… livres ou cinéma, elles ont le point commun de comporter explicitement ou tacitement une promesse… de se revoir, de s’écrire, de se penser, de se garder une petite place… c’est un maquillage de mots pour un sentiment très simple : la promesse de ne pas oublier et d’ajouter une graine à son jardin secret. Je ne veux pas rater ma séparation, alors moi aussi je promets.
- un DOUTE
Dire que je sais que je dois tout quitter est un mensonge sans bornes. Je ne sais rien, maintenant moins que jamais. Et si je parts aujourd'hui, vous savez que ma destination n'est pas un premier choix mais la lente conséquence de nombreux refus. Alors comment affirmer que je vis sans concession? C'est impossible, si ce n'est l'envie. L'envie d'entrevoir en chaque opportunité une chance de voir s'ouvrir mon destin vers .. quoi?... quelque chose que je n'imagine même pas. Alors je ne dis pas que voila ma vie, et que ma voie et mon destin sont là, dans ce départ. Je dis que je suis prêt à me doter du regard indispensable pour entrevoir les sinuosités et les courbes du fleuve que je suis. J'envisage de ne pas me plaire, de me mettre à détester tout jusqu'à mes choix, et de revenir... mais de ne rien regretter, car aujourd'hui j'en ai envie.
- SOBRE
Et oui ce mail aurait même pu être sobre mais tu dois bien savoir que l’antagonisme me plait : je suis aussi sobre que possible, et aussi peu sobre que possible.
- une AMERTUME
Quoi qu'on en dise, partir c'est aussi se résigner à ne pas faire de l'endroit où l'ont vit l'endroit où l'ont voudrait vivre... un peu par ma faute, un peu par celle des autres, du hasard ou de la "société" qu'il est si facile d'accuser. Pas un échec, mais pas une réussite non plus. Beaucoup de bons souvenirs, quelques instants dramatiques.. mais plus grands chose pour faire un avenir. Pas de quoi être fier de ce que j'ai fait en tout cas, juste satisfait de ce qui reste de moi... et frustré chaque jour un peu plus de n'être pas plus moi, et un peu trop comme les autres. Par certains aspects j'ai l'adolescence un peu traînante, avec cette différence que j'ai sur tout cela un regard d'une froideur qui parfois m'effraie. Alors ce rêve d'existence, je vais lui rendre ses ailes et m'y accrocher, tant pis si je tombe ou s'il n'est pas assez fort pour m'emmener.
- un PARTAGE
Faire du pain et enseigner à faire du pain..ça doit être la dernière réincarnation avant le Nirvana.. au moins.
- un BONHEUR
Après des années de recherches, des mois d'hésitation et des semaines d'échecs, j'ai l'euphorie de hurler que je tente ma chance sur la route du voyage. C'est un peu comme si c'était la fin de quelque chose alors que c'est surtout le début d'une autre, la fin d'un cycle pendant lequel je n'ai fait que profiter et me faire traîner, n'usant de moi qu'en moi. Maintenant j'ai prends ma chance et je vis une aventure que j'ai la folie de croire un temps soit peu originale. La vérité c'est que je m'en moque qu'elle soit originale ou que des millions de gens aient vécu la même car cette aventure ce sera la mienne et j'ai la certitude qu'elle est l'évocation la plus fidèle de ce qui m'est le plus intime et qui m'a toujours accompagné, aussi loin que je m'en souvienne. Il ne s'agit plus de réussite mais juste de détermination et de sérénité. Mes seules certitudes sont celle de mes envies et de mon être. Je ne suis attiré que par ce que je ne veux pas définir. Tout sauf une fuite c'est une mise en abîme, je suis le Mat et ça ne sert à rien d'autre qu'à faire une pirouette. J'aime une idée.